Par derrière ou l’art de ne pas faire l’amour

On m’envoie souvent des textes et de temps en temps, le courriel qui vient avec le texte en question est, à mes yeux, tout aussi pertinent que le texte. Un plus, c’est un brin coquin, ça fitte bien avec la température humide, non?

Voici donc les deux : le courriel et le texte, bonne lecture!

***

Salut Anne-Marie,
Pendant longtemps, j’ai eu envie d’écrire ma vie de marde à moi. Mais je me disais que je ne ferais que répéter les même inlassables histoires de tous les autres. Lors de ma vingtaine, j’aimais en faisant l’amour (en baisant en fait!) Parce que j’avais pas comprit c’était quoi… Je pensais que j’attraperais l’homme de ma vie en baisant…Comme si c’était ça la clé.. j’ai pas besoin de te raconter qu’au final, j’ai perdu mon temps… J’ai 32 ans maintenant, et je viens enfin de trouver l’homme que j’attendais. Et tu sais quoi? Ca a prit 6 mois avant qu’on couche ensemble. Parce que pour la première fois de ma vie, j’ai fais les choses différemment. J’ai laissé le temps au temps.. J’ai laissé la vie me guidé et non mes hormones!
Je t’envoie «Par derrière ou l’art de ne pas faire l’amour», un texte que j’ai écrit il y a maintenant plus de cinq ans. Quand je le relis aujourd’hui, pas un beau hasard… Je me rends compte.. Qu’au final, ma vie amoureuse est pas si d’la marde… (enfin… jusqu’à présent…)
Merci de me lire! J’adore ton blog!
Joannie
***

Par derrière ou l’art de ne pas faire l’amour.
Je n’ai jamais compris c’est quoi la romance. L’amour.
Je ne sais plus comment faire l’amour. J’ai oublié. Sans m’en rendre compte toutefois. Sans développer une aversion, j’ai développé une froideur avec l’intimité. J’impose une distance. Je me suis perdue dans les bras de tant d’hommes. Mon corps a touché trop d’étrangers. Notre ère de consommation nous pousse à nous consommer nous même. Nous consumer.

Toujours la quête de la perfection. La quête de l’ultime bonheur. L’ultime ego.
L’ultime alter ego.

J’ai bien sûr rêvé d’amour. Je l’ai presque touché. Il était juste devant moi. Mais je l’ai fui. J’en ai rencontré des hommes dans ma quête. Une quête sans but. Qui était aléatoire aussi. N’importe qui sauf être seule.

Les hommes d’aujourd’hui, je les connais par coeur. Mes mains ont effleuré chacune des parties de leurs corps. Des corps différents. Nus. A poils. Imberbes. Virils. Minces. Gras. Suants. Suintants. Salés.

Ces hommes, qui me prennent par derrière parce que je refuse de voir leurs visages. Je refuse de voir leurs bouches s’ouvrir au moment de jouir. Je ne les embrasse pas. Je n’embrasse plus. C’est trop intime. Trop engageant. Par derrière, la position impose une distance naturelle. Pour là contre carré, il faut de l’émotion. Mais l’émotion de mes rencontres est absente. Parce que je me force à ce qu’il en soit ainsi.

La levrette est sauvage. Humiliante. Soumise. Mais terriblement efficace dans plusieurs circonstances. Je me cambre pour certains afin de me révéler davantage. Pour d’autres, je reste droite. Il m’arrive d’entamer la cadence aussi. La demandant plus insistante. Il m’arrive de fixer le mur devant moi, de regarder les aiguilles de l’horloge tournée sur elle-même.
Lorsque je ferme les yeux, il m’est permis de fantasmer. Parfois à l’amant précédent, à celui qui savait s’y prendre.

Qui savait me prendre.

Certaines fois, je rêve que je suis amoureuse. Je rêve que cette bestialité n’est que le fruit d’une passion. Qu’il me veut. Il me veut moi et personne d’autre. Je rêve que je l’aperçois. Nos coeurs se rencontrent avant même de se parler. Il me suit dans la salle de bain du restaurant. Il me tourne et soulève ma robe pour me pénétrer directement, car il devine que mon sexe l’attendait. Je le vois dans le miroir. Son reflet est beau. Je me vois aussi. Nos regards ne se quittent pas. Il me serre de son bras. Je le sens respirer dans ma nuque. Il est haletant. Nos haleines se respirent. Je le sens venir. Mes genoux faiblissent.

Mais ce rêve, c’est toujours un regard brutal. Parce que celui qui est derrière moi n’est qu’un autre. Qui n’est là que pour la cause primitive de la chose.

La fonction génitale.

De toute façon, il ne m’aime pas. Je ne les aime pas moi non plus. Les voir s’affaler sur le dos avec le condom qui pend révélant leurs bonheurs emprisonnés dans le caoutchouc devient presque une routine.
Pas de sentiment. Pas d’attache. Qu’ils partent maintenant. Qu’ils s’habillent m’embrasse sur le front afin que je referme la porte. Il ne reste que l’odeur de leurs sueurs qui parfument amèrement mes draps. Parfois, la place à côté est dessinée d’un cerne me rappelant mon invité. J’en ai horreur.

Certains de mes amants étaient mariés ou engagés. Ils déposaient leurs alliances sur la table de chevet. Je veillais à ce qu’ils la reprennent en quittant. J’ai été la maitresse de tant d’hommes.

Celle qui est bonne à fourrer, mais pas à aimer.

D’autres n’étaient pas du tout mon genre, mais je leur plaisais et je me voyais mal les refuser. Comme si je leurs faisait offrande de mon corps pour qu’ils puissent se soulagés.

Un temple pour les nuls.

Certains étaient vieux. Leurs femmes sont désormais froides. Sans vigueur et les seules chaleurs qu’elles ont sont celles qui leurs rappellent cruellement qu’elles sont sur le point d’expirer.

D’autres étaient plus jeunes. Inexpérimentés. Ils ne savent pas quoi faire de leurs membres. Leurs bras et leurs pénis. Ils sont maladroits. Ils essaient de récrés les scènes qu’ils ont vues la veille sur leurs ordinateurs, qui jusqu’à présent, est leurs seules sexualités et malheureusement leur seul modèle. Je me prête au jeu. J’assure. Je les supplie d’y aller plus fort. Je gémis un peu trop fort pour la scène. Leurs mains se serrent. Parfois leurs ongles entrent dans ma peau. Ça fait mal.

Un mal exquis.

Parfois j’y trouve mon plaisir et je me surprends à me donner une ardeur naturelle. Des fois, je fais semblant d’aimer. Pour qu’ils terminent plus vite. Qu’ils jouissent, se sentent dignes des plus grands acteurs. Que leurs ego mâles frôlent l’alpha.

Qu’ils dégagent.

J’espère que certains reviennent, mais ils ne reviennent jamais. Une fois la fille baisée, elle perd de son charme. Les hommes veulent des femmes. Pas des salopes.

J’assume cette sexualité ouverte, mais elle commence à me peser. Collectionner les amants est épuisants. Ça garde en forme d’une certaine façon, mais ça pèse sur le moral par moment. Je voudrais être la femme et la salope d’un seul homme. Un homme qui me prendra par derrière, mais qui m’invitera à me redresser pour saisir mes seins et embrasser mon cou. Un homme dont j’aurai envie de regarder dans les yeux.

Partager les orgasmes. Partager les draps.

Un homme qui sera aussi derrière moi au matin. Un homme dont la sueur qui pleut parfois sur mon visage ne me dégoutera pas. Un homme qui ne laissera pas sa femme en plan un vendredi soir pour moi. Un homme qui me prendra entière. Mon corps, mon esprit et mon cœur. Un homme qui me baisera et qui me fera l’amour à la fois. Un homme qui possèdera mon corps et dont je possèderai le cœur.

Joannie Roy

 

Suivez-nous sur

3 pensées sur “Par derrière ou l’art de ne pas faire l’amour

  • 20/07/2016 à 08:11
    Permalink

    La peur de l’intimité. Pas de l’intimité physique ou de l’intimité sexuelle, c’est plus facile de vivre cette intimité. Mais vivre l’intimité affective, amoureuse, c’est plus difficile, plus confrontant: il faut se laisser aller, faire confiance à l’autre, se faire confiance à soi pour pouvoir se dévoiler à l’autre.

    Pas seulement la peur de l’intimité avec l’autre, mais aussi de l’intimité avec soi-même. Peur de voir nos peurs qui, depuis l’enfance, nous empêchent d’être notre vrai moi, Des situations vécues, vues, que nous avons occultées de notre mémoire cérébrale, mais dont notre mémoire affective se rappelle.

    Il faut guérir cette mémoire avec de vivre l’intimité avec soi-même, puis avec les autres.

    Répondre
  • 20/07/2016 à 08:12
    Permalink

    Correction de la dernière phrase:
    ll faut guérir cette mémoire afin de vivre l’intimité avec soi-même, puis avec les autres.

    Répondre
  • 05/10/2016 à 16:02
    Permalink

    La peur de se laisser aller, de laisser aller son âme….On l’a mise en protection, cachée, pour que personne ne la blesse…Mais comme ça, on se retrouve à ne rien ressentir.

    J’ai vécu ça, pendant tellement d’années! J’avais mise dans un coin, la petite fille que j’avais été, pour me marier et être épouse et mère….faire ce que mon mari disait. Faire l’amour comme il disait, alors que, je me sentais violer à chaque fois. L’entendre dénigrer mes enfants et moi par ces paroles violentes tout les jours…et ces actes violents qui nous
    épeuraient, coup au mur..au coup au chien….peu importe.

    Puis après le soir venu, il fallait que je ressente de l’amour pour faire l’amour….alors, je faisais comme toi..je baisais jusqu’au dégoût. Jusqu’à avoir des hauts le coeur. Il me demandait combien de fois j’étais venue?? Et j’avais peur de la réponse que j’allais lui donner, encore fallait-il qu’elle soit la bonne. 1 non ce n’était pas assez..alors 3 ou 4?
    Je détestais faire l’amour avec lui, c’était une corvée…une punition.

    Alors si j’avais eu la chance de faire ça par derrière pour ne pas lui voir la face…j’aurais adoré….Mais non!

    Alors tu as été chanceuse.

    Le pire c’est que, j’ai enduré ça 38 ans, croyant que, je faisais la bonne chose..croyant que, mes enfants ne connaîtraient pas ma vie d’enfance ballottée de foyers en foyers parce que mes parents n’avaient pas eu le courage de s’endurer. Mais, lorsque mon mari m’a jeté à la rue parce que j’étais rendue malade et qu’il avait une maîtresse…Mes enfants ont pris sa version des faits, et m’ont laissé tomber, soit disant parce que, j’étais dépressive et que je ne m’aidais pas.
    C’était la version de mon mari. Mes enfants eux, ne venaient plus à la maison, naturellement puisqu’ils étaient mariés et vivaient leurs vies. Et puis, une maman malade ce n’est pas intéressant! Alors ils ne venaient que pour les anniversaires chercher les cadeaux en argent. Comment auraient-ils pu savoir la violence que je vivais depuis 7ans? Jamais j’ai pu m’exprimer, et j’ai perdu mes petits-enfants…mes enfants…de ce mariage où j’avais mise cette petite fille dans un coin..

    Il y a 5 ans de cela….J’ai 65 ans…Je suis allée la décrocher depuis. Non pas que je veuille un autre homme….jamais!!! J’ai trop souffert, d’avoir cru que l’on pourrait m’aimer…mais, pour la consoler. Je suis allée la décrocher pour aller la reconnaître car je l’avais perdue..je ne savais plus qui elle était. Qui j’étais… et j’apprends à me retrouver. Parfois aimer sans être aimer peut être tellement destructeur que l’on s’y perd.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.