J’ai hâte d’arrêter de t’aimer

Une lectrice anonyme avait envie de partager ce texte avec vous, pour amener un peu de réconfort à celles qui s’acharnent à aimer quelqu’un qui ne les aime pas en retour et qu’elles sachent qu’elles ne sont pas seules.

Ce matin, j’ai reçu l’appel d’une amie, une amie au cœur brisé depuis des mois qui tente, par tous les moyens, de passer par-dessus une rupture difficile. Elle m’a appelée aujourd’hui parce qu’elle venait de croiser son ex, avec qui elle est restée pendant près d’un an et de qui elle était tombée follement amoureuse. « Je pense que c’est enfin le bon!» m’avait-elle même confié à un certain moment. 

La raison de son cri du cœur ce matin? Son ex portait un anneau de mariage à son annuaire. Elle qui s’est torturée pendant des mois à tenter de comprendre le pourquoi du comment; qu’était-il arrivé entre le moment où il lui avait glissé à l’oreille « je t’aime, tu es la femme de ma vie » et le jour fatidique où il lui avait annoncé tout bonnement, comme on parle de la pluie ou du beau temps « ça ne fonctionnera pas, je suis désolé. » La réponse était là, sur l’annulaire gauche de cet homme qui n’a probablement jamais eu l’intention de faire du mal à mon amie, mais qui savait fort probablement en son for intérieur que ce n’était pas elle, la femme de sa vie. Il était donc revenu avec elle, la véritable femme de sa vie on s’entend, celle de qui il était pourtant séparé depuis des années.

La rupture, brusque, soudaine, survenue sans avertissement, sans préparation (est-on parfois préparé à une rupture? jamais, selon moi, mais elle fait encore plus mal lorsqu’on ne l’a pas vu venir) et ce matin, j’ai absorbé la peine et le mal de vivre de mon amie et j’ai décidé d’écrire. Parce que, ce n’est pas parce que ça fait du sens ou que tu obtiens finalement une réponse que ça fait moins mal. 

J’écris, c’est ce que je fais dans la vie, alors, pour guérir mon mal de vivre, le même qui afflige mon amie et sûrement de nombreuses autres femmes et hommes partout à travers le monde, j’ai choisi d’écrire là-dessus. Sur le mal indéfinissable qui nous gruge de l’intérieur lorsque la personne que l’on aime nous annonce que ce n’est plus réciproque. Parce que, moi aussi, j’ai le mal de vivre et que je suis convaincue que je ne suis pas la seule qui m’efforce de faire semblant que tout va bien, qui essaye de fonctionner normalement même si c’est quasi impossible, qui vit avec un trou dans le cœur depuis un moment et qui, chaque matin, espère qu’«aujourd’hui ce soit le dernier jour » de mon mal-être. 

Ça fait exactement 23 jours que je me suis fait frapper par un camion dix roues. Au sens figuré, bien sûr. Mais, c’est l’image la plus juste que j’ai trouvé pour décrire ce qui est arrivé et comment je me sens depuis que tu m’as envoyé le texto fatidique qui allait, littéralement, me « crisser à terre ». On a tous notre histoire, je crois, et l’on espère tous qu’elle va finir comme dans les films. Mais, trop souvent, presque tout le temps en fait, on est la règle et non l’exception. On n’est pas dans Sex and the City où Carrie et Mr. Big finissent ensemble. On est dans la vraie vie, et la vraie vie est cri**** injuste par moment.

J’étais follement amoureuse d’un homme depuis des années, des sentiments souvent refoulés, pour pouvoir avancer, pour me permettre d’être heureuse, pour passer à autre chose. Mais surtout, parce que, lui, il ne m’aimait pas. J’ai rencontré des hommes extraordinaires qui me donnaient beaucoup d’amour, mais moi, je n’avais de place dans mon cœur que pour toi. Quel gâchis! La vie est mal faite : on aime la personne qu’on ne devrait pas, et on n’aime pas la personne qu’on devrait. Des triangles amoureux, il y en a partout, il y en a trop. J’en ai trop vu autour de moi. J’ose espérer que c’est simplement l’incarnation du maudit dicton « on veut ce qu’on ne peut pas avoir », mais je crois que c’est beaucoup plus complexe que ça. 

Enfin bref, revenons à nos moutons. Je suis tombée amoureuse, il y a de nombreuses années, et en toute honnêteté, j’aurais préféré tomber en bas des escaliers. Ça fait moins mal. La première fois que tu m’as dit la traditionnelle « ça ne fonctionnera pas, désolé » je m’y attendais. J’ai eu mal, mais je m’en suis remise, je l’avais vu venir, j’étais simili préparée. Les années ont passé, tu es demeuré dans ma vie, comme un caillou dans mon soulier, comme un boulet à ma cheville. J’avais beau rencontrer d’autres hommes, plus fins, plus amoureux que toi, j’espérais toujours, secrètement, que tu reviennes et que tu me choisisses, moi. Si tu avais fréquenté Julia Roberts, j’aurais peut-être mieux compris, ou ça aurait fait un peu moins mal. Je sais que je ne peux pas compétitionner avec Julia, aucune femme ne le peut. Mais, non, tu choisissais toujours des filles plus qu’ordinaires, pas plus belles que moi, ni plus intelligentes, ni rien de plus que moi. Bref, je n’ai jamais compris tes choix, mais il n’y a aucune logique dans l’amour.

Moi je t’aime quand toi tu ne m’aimes pas, où est la logique là-dedans? Il n’y en a pas. Donc, je dois arrêter d’essayer de comprendre le pourquoi du comment. Le pourquoi je n’ai jamais été assez pour toi, pourquoi tu avais besoin de chercher ailleurs, que tu avais besoin de plus. Par contre, et dieu merci, j’ai mon orgueil, et je ne suis aucunement le genre de femme molle, sans colonne, pauvre fille médiocre qu’on s’imagine dans ce genre de situations. Je suis une femme de tête, une femme de carrière, une femme qui plait, une femme qui a des options….  Ça peut arriver à n’importe qui d’aimer la mauvaise personne. Ça m’est arrivé, et j’aimerais vous dire que je vais arrêter de l’aimer un jour, parce qu’il ne mérite pas mon amour, parce qu’il m’a fait trop de mal, mais j’ai peur que ça n’arrive pas. Que je vais simplement devoir vivre avec ça, ce deuil, cette défaite, ce trou noir dans ma vie.

Je crois aussi qu’on a tous un caillou dans notre soulier, qu’on avance tous dans notre quotidien avec un « what if? » en arrière de la tête. Pour certains il prend une place plus importante, pour d’autres, moindres. Moi, mon what if était immense, par contre, j’ai toujours eu la force et la conviction de faire ma vie sans lui, jusqu’à ce qu’il revienne, pour une énième fois, et que cette fois-là, il a réussi à me faire croire que c’était pour de vrai. 

Dans ce genre de situations, tu as beau te méfier, tu as beau prendre toutes les précautions au monde pour te protéger, mais surtout protéger ton cœur, te dire que ça n’a pas de bon sens de le laisser revenir dans ta vie, encore, que tu mérites mieux, qu’il ne te mérite pas, tu le sais au fond de toi que tu vas, au final, écouter ton cœur. Ce maudit qui n’a aucun jugement, qui va te faire rentrer directement dans le mur et qui le sait, mais qui y va quand même.

Comme une automate, comme une zombie, j’ai tout laissé pour être avec toi : mon mariage, mon condo, la vie telle que je la connaissais, parce que je t’aimais tellement, que tu étais dans ma tête et dans mon cœur depuis si longtemps, je me disais que « si l’on finit ensemble, au moins il y aurait eu une logique à tout cela ». J’étais terrorisée, mais c’est ce que j’avais toujours voulu et là, je l’avais, donc je me suis lancée dans le vide et j’étais prête à prendre le risque. Quelle mauvaise décision. Big risk, big rewards qu’on dit. Pen toute. Et ce qui devait arriver arriva. Après quelques jours (oui, oui, jours) où j’avais l’impression de vivre un rêve, de vivre mon rêve, où je flottais sur un nuage de bonheur, parce que c’est l’effet que tu as sur moi, après avoir passé des heures entrelacés à se dire qu’on « avait toujours été faits pour être ensemble » et qu’on « était enfin réunis » et que notre « vie à deux commençait enfin », j’ai reçu le texto fatidique, traditionnel, banal, de la rupture « ça ne fonctionnera pas, désolé. » 

Entre ça et me faire frapper par un camion dix roues, je ne sais pas ce qui m’aurait fait le plus mal. Cette fois-là, je ne l’avais pas vu venir. On avait pris notre temps, on en avait parlé, tu savais ce que je laissais derrière pour être avec toi, tu savais ce que cela impliquait, mais surtout, tu connaissais mes sentiments pour toi. Peu importe tout ça, tu t’es réveillé un matin et tu ne voulais plus de moi. Tu avais eu un aperçu de ce qu’était la vie avec moi, et tu avais finalement changé d’idée. Comme lorsqu’on rapporte un vêtement pour l’échanger au magasin parce qu’il ne nous fait pas si bien, finalement. Et, juste comme ça, tu m’as donné mon 4 %. Merci, bonsoir, et désolé. Le high fut extraordinaire, mais le down aura été mortel. Je suis, depuis, en sevrage, de toi, ma drogue la plus dangereuse. 

Ce jour-là, mon monde s’est écroulé, moi qui suis une femme forte, qui carbure aux défis, qui vit à 200 km, j’étais soudainement incapable d’avancer, dans l’incapacité totale de faire semblant que tout allait bien. J’étais incapable de quoi que ce soit, en fait. Il faut croire que je n’avais jamais vécu de peine d’amour, parce que me sentir comme ça aussi petite, aussi mal, aussi démunie, ça ne m’était jamais arrivé. On a tous des mauvais moments, mais j’ai toujours réussi à faire la part des choses et j’ai toujours continué de foncer, je n’ai jamais été du genre à m’apitoyer sur mon sort. Jusqu’à il y a 23 jours, quand tu as choisi de tirer la plug sur nous deux, de quitter le bateau de notre histoire qui n’ira finalement nulle part. Quand tu as, encore une fois, choisi de ne pas me choisir. 

Ce que j’en retiens : que peu importe à quel point tu aimes quelqu’un, à quel point tu désires quelque chose, ça ne veut pas dire que tu as auras ton happy ending. Aussi, on n’est pas dans un film, et les histoires d’amour ne se terminent (vraiment) pas toujours bien. Que si tu nétais « not enough/pas assez » pour quelqu’un au départ, tu ne le seras jamais et qu’il y a une raison pour laquelle the one that got away, got away, justement ». Parce qu’il ne voulait pas être là, et que ce n’est pas une question de timing, ce n’est pas une question de qui est la plus belle ou la plus fine, c’est qu’il ne t’aime pas. You are not the one. C’est simple, mais ça fait tellement mal de se l’avouer.

Et, une peine d’amour, c’est un mal réel. Un mal que je vis, un mal que mon amie vit, un mal que plusieurs personnes vivent, se réveillant chaque matin en espérant que ça passe, le plus vite possible s’il vous plait. Mais, en attendant que ça arrive, j’ai hâte d’arrêter de t’aimer.

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