mon 63 rue leman

Voici un nouveau texte de la collaboratrice de marde : Catherine Parent!

Un soir, alors que nous étions en pleine transition entre habiter ensemble chez moi et aller habiter chez nous, je suis allée chez mes parents pour récupérer quelques trucs qui y trainaient. Je me suis retrouvée assise au fond du vieux garde-robes de mon ancienne chambre avec l’odeur si réconfortante du premier chez toi qui te rappelle qu’à une époque tout était plus simple. Sur les genoux, ma boîte qui contient toute ma vie d’avant toi. Je l’ai ouverte pour la première fois depuis des années et c’est venu me chambouler les tripes comme une moissonneuse batteuse. Chamboulée, pas par regret des personnes qu’elle contient. Virée à l’envers parce que je réalisais que ma vie était morcelée au nombre de mes relations amoureuses. Parce que j’avais réalisé qu’elle n’était pas un beau long roman comme je me l’étais imaginé, mais plutôt une série en plusieurs épisodes et plusieurs saisons dont la majorité n’étaient pas si captivantes et ne se terminaient pas avec la fébrilité d’une fin satisfaisante. Je me rendais compte que toutes les étapes importantes de ma vie, je les avais vécues avec des amoureux différents.

J’ai alors réalisé que je ne pourrais jamais avoir une collection d’albums de notre vie dans une bibliothèque, comme mes parents. J’adore regarder leurs vieux albums jaunis avec les pages cartonnées juste assez collantes pour maintenir leurs instants sous un film de plastique qui ne tient presque plus. Leurs premiers Noëls, leurs premiers boulots, leur première voiture, leur premier appartement, leur mariage, moi en couche culotte au sourire édenté dans leurs bras, notre première maison. Quarante-huit années de vie racontées dans un seul et unique livre. J’ai réalisé que je ne pourrais jamais faire comme eux. Que jamais notre chez nous n’aurait sur ses murs des photos de ma graduation, de mon premier voyage à New-York, du mariage de ma presque-soeur qui s’est lui aussi retrouvé dans une boîte, du baptême de fiston et de ma première maison. J’ai réalisé que je n’aurais jamais de couloir comme au 63 rue Leman de la chanson de ton amie Ingrid.

Mon amour je suis fatiguée. Je suis fatiguée de devoir recommencer. Fatiguée de devoir m’adapter. Fatiguée des souvenirs morcelés mis dans des boîtes et des clés USB, juste parce qu’il y a trop de possibilités de tout recommencer. Je n’ai pas envie que tu termines dans une boîte qui sent l’humidité. Je n’ai plus envie que mon statut soit changé, même si parfois j’irais volontier le cliquer pour “c’est compliqué”. Parce que c’est compliqué et éreintant des fois. Parfois, j’ai envie de tout plaquer, comme je l’ai fait auparavant. Avant que tu arrives toi et tes habitudes imparfaites. Toi et ta façon de me donner envie de faire avec. J’ai compris avec le temps qu’on ne doit pas faire le choix d’être à deux pour les moments heureux. C’est trop facile. Notre génération carbure aux bonheurs furtifs et vides de sens. Ça se trouve tous les jours, en balayant vers la gauche ou la droite, de l’excitation momentanée. On va finir comme “une belle gang de tu seuls” comme dirait Tremblay. Tu m’as appris qu’on choisi d’être à deux pour les tsunamis. On choisit une personne pour sa façon qu’elle nous fait se sentir plus fort, quand on est les deux à ramer dans une petite barque fragile en plein centre des violents ouragans que la vie nous envoie. Comme deux idiots, parfois en se fusillant des yeux. Oui, il y aura des moments où on s’aimera moins et d’autres où on ne s’aimera plus. L’espace d’une soirée, quand nos émotions exacerbées seront indisciplinées et prêtes à tout briser. Ces soirées où je vais te faire la tête et où tu seras hérissé.

Souvent, on se retrouvera au point neutre et rien de grisant ne se produira.. Notre vie sera calme, sans les artifices et la frénésie digne de nos débuts. Mais ça me va, j’ai envie de ça. Envie d’exister avec toi, simplement. Les feux d’artifices, on ne les apprécierait pas autant s’ils étaient journaliers. Je ne veux pas t’aimer en surface. Cela serait plus facile, mais aussi éphémère. Je veux continuer de savoir que c’est toi que j’ai choisi pour ramer. Je vais souvent sourire, juste en te regardant vivre à côté de moi. Mes papillons vont parfois migrer pour un temps, ces petits cons! Même si, la première fois que je t’ai vu, ils m’ont plaquée dans les genoux, ces petits cons. Maintenant, j’arrive à marcher quand tu es là. Ça me va, j’aime marcher avec toi. Parfois, ils vont s’exciter pour des petits riens, comme lorsque tu t’émerveilles devant des choses que les adultes ne voient généralement plus. Mon cœur ne s’emballera pas comme avant quand ton nom apparaîtra sur mon téléphone. D’autres fois, je vais te retenir de force au lit, parce que j’aurai trop envie d’être près de toi. Je veux tout ça. Je veux toi. Je veux qu’on soit deux idiots à ramer.

Je veux que tu sois mon 63 rue Leman.

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